Duel Coca-Pepsi

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Duel Coca-Pepsi

Message  Naïm le Mer 11 Nov - 14:27

Duel Coca-Pepsi autour de l'édulcorant du futur
Le 27 novembre 2008 par Patrick Déniel

Un ingrédient d'origine naturelle, le stevia, s'apprête à envahir l'industrie américaine des boissons. En Europe, son apparition est suspendue au feu vert des autorités sanitaires.

La guerre du stevia est sur le point d'être déclarée. La Food and Drug Administration (FDA) devrait autoriser, sous peu, l'utilisation de ce nouvel édulcorant d'origine naturelle. Enjeu pour les industriels : être le premier, aux Etats-Unis, à lancer une boisson au stevia. Une nouvelle fois, plusieurs géants américains de l'agroalimentaire vont se retrouver face à face. D'un côté, PepsiCo (39 milliards de dollars de chiffre d'affaires), associé à Merisant (290 millions), le leader mondial des édulcorants de synthèse (il détient la marque Canderel). De l'autre, le rival de toujours, Coca-Cola (24 milliards), allié à Cargill (36 milliards), le géant des matières premières agricoles.

Au centre de la bagarre, le stevia, un petit arbuste originaire d'Amérique latine, dont les feuilles recèlent des composés à haut pouvoir sucrant. Ceux-ci pourraient bouleverser le marché des édulcorants utilisés en remplacement du saccharose dans les produits allégés.

DES CONTRAINTES TECHNIQUES ENFIN RÉSOLUES

« Le stevia n'est pas nouveau », explique Philippe Reiser, chargé des affaires scientifiques au Cedus, l'association collective de la filière sucrière française. Découvert au Paraguay en 1887, le stevia était utilisé par les indiens Guarani pour édulcorer des préparations médicamenteuses. « Ses dérivés sont employés depuis plusieurs décennies au Japon et en Corée », poursuit Philippe Reiser.

Pourquoi cet intérêt soudain des multinationales américaines ? « Deux contraintes techniques majeures, concernant le profil de goût et le coût de production, ont été résolues », répond Hugues Pitre, le directeur général de Merisant en France. A partir des feuilles de stevia, il est possible d'extraire plusieurs composés, les stéviosides. L'un d'eux, le rebaudioside A (reb-A ), est particulièrement intéressant. Comme l'aspartame, le princi-pal édulcorant intense utilisé par l'agroalimentaire (lire page 67), son pouvoir sucrant est 200 fois supérieur au saccharose, sans aucune calorie !

« Les édulcorants intenses sont rarement utilisés seuls, car ils ont souvent un arrière-goût. C'est le cas de l'acésulfame-K, souvent associé à l'aspartame. A la saccharine, on ajoute du cyclamate pour arrondir le goût », détaille Philippe Reiser.

L'amélioration des techniques d'extraction et de raffinage du stevia a permis d'obtenir un composé quasi-pur offrant un profil de goût très proche de celui du sucre. Et ce, à un coût rendant son intégration dans les boissons acceptable. Dernier atout du reb-A et non des moindres : à la différence des autres édulcorants intenses, il n'est pas d'origine chimique. « Il est obtenu à partir de techniques classiques de fermentation, de filtration, d'infusion et de séchage », détaille Hugues Pitre.

UN ÉDULCORANT CAPABLE DE REDYNAMISER LE MARCHÉ

Au moment où les ingrédients naturels ont le vent en poupe, obtenir un édulcorant intense d'origine naturelle fait figure de Graal pour l'industrie des boissons. « Chez nous, 70 personnes travaillent sur le projet depuis plus de quatre ans », explique Ann Tucker, la porte-parole de Cargill. Coca-Cola et Cargill ont conclu un accord commercial pour le développement d'une marque baptisée Truvia. Coca obtiendrait l'exploitation exclusive sur les boissons, alors que Cargill en aura la jouissance pour les autres applications alimentaires sur ce qui promet d'être un « blockbuster ». PepsiCo et Merisant ont passé un accord semblable autour de la marque PureVia.

Les perspectives de marché sont difficilement quantifiables. Tout le monde s'accorde à dire qu'elles sont énormes. PureCircle les a chiffrées, lors de son entrée en Bourse à 1,3 milliard de dollars. En tant qu'ingrédients, les dérivés du stevia trouveront leur premier débouché dans les boissons, principales utilisatrices d'édulcorants intenses. Le reb-A possède une bonne stabilité à la température et à la lumière, par rapport au pH et devrait donc bien se diffuser dans l'industrie, au-delà de Coca et de Pepsi. « Certains de nos clients le trouvent même plus facile à utiliser que l'aspartame », fait valoir Rabindra Shair, responsable commercial chez PureCircle, le principal fournisseur d'origine malaise de reb-A (lire page 68), basé à Kuala Lumpur.

Le stevia pourrait donc trouver sa place dans d'autres matrices alimentaires. Les fabricants de cosmétiques, de médicaments ou de compléments alimentaires sont aussi des clients potentiels. Il pourrait ainsi redynamiser un marché des édulcorants de table arrivé à maturité.

EXIGENCES DE SOURCING

Il reste cependant deux problèmes à résoudre avant que le stevia ne se développe à grande échelle. D'abord, l'approvisionnement en matière première. Localisée à 80 % en Chine, la production est encore trop faible (40 000 tonnes) et détenue par une poignée de fournisseurs, notamment PureCircle. « L'offre se constitue, mais nous ne savons pas encore quelle sera la demande, explique Ann Tucker. Il est donc trop tôt pour dire s'il y aura pénurie de matière première. »

Les deux clans se sont lancés depuis quelques mois dans une course au sourcing. Cargill a récemment signé des contrats d'approvisionnement à long terme avec des fournisseurs chinois. Merisant a, quant à lui, investi dans des exploitations agricoles au Paraguay et a racheté le producteur local d'extraits, Nativia Guarani.

Le deuxième obstacle réglementaire, est, lui, sur le point d'être levé. Les steviosides ne sont pas autorisés aux Etats-Unis et en Europe dans l'alimentation humaine. « La possibilité d'obtenir le reb-A en fraction presque pure le rend sûr du point de vue sanitaire », fait-on valoir chez Cargill et Merisant. Ces derniers ont ainsi déposé des dossiers auprès de plusieurs instances, afin de faire reconnaître l'innocuité du reb-A.

Un pas important a été franchi avec la décision d'un groupe de chercheurs réunis par l'Organisation mondiale pour la santé (OMS) et la Food and Agriculture Organization (FAO), de relever le niveau des doses journalières admissibles dans l'alimentation humaine. Depuis peu, les steviosides sont autorisés en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Suisse. Et les Etats-Unis devraient suivre. Cargill et Merisant vont lancer leurs marques sur le marché des édulcorants de table. Pepsi a déjà lancé « SoBE Life », une gamme de boissons dans certains pays d'Amérique du Sud où le stevia est autorisé.

Coca cultive le secret. Après le Coca Light, le Coca Zéro (mis sur le marché à grands renforts de communication sur l'acésulfame-K), lancera-t-il une nouvelle déclinaison de sa boisson emblématique ? La bataille commerciale devrait s'engager avec Pepsi dans les prochains mois. Les consommateurs de l'Union devront, eux, attendre pour découvrir le stevia. Cargill et Merisant ont déposé des dossiers d'autorisation auprès de l'Autorité eu-ropéenne de sécurité sanitaire (Efsa). Sa réponse définitive n'est pas attendue avant 2010. .

SOURCE : www.usinenouvelle.com/article/duel-coca-pepsi-autour-de-l-edulcorant-du-futur.N63991

Naïm
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